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 POESIE

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Dernière mise à jour : Le 05/03/2008



Cailloux fleuris

Je sais une île où la pluie fleurit les cailloux,
Quand l'ondée soudain colore le rivage,
Beauté instantanée à travers un grand flou,
Alors le jaune et le noir parent la plage.

La côte grise et triste sans beaucoup d'attrait
Se vêt alors d'une belle peau léopard
Unique au monde cette curieuse contrée
Joyau révélé par la pluie et le hasard.

J'ai toujours en poche un de ces cailloux précieux
Que seule la pluie est capable de fleurir
Parcelle d'un mystère antique et merveilleux
Je le garde sur moi pour ne pas m'assombrir

Quand le temps est gris et que la pluie arrive
Je sors mon beau caillou et l'offre alors au ciel
Immédiatement, les fleurs éclosent, revivent
Et c'est un enchantement, un petit soleil.


MON PERE

J’ai de l’eau dans les yeux
C’est comme un grand voile bleu
Une impression de froid
Qui me laisse sans voix 

J’ai envie de hurler
De casser, tout brûler
Je sens que je perds pied
Que je suis en papier 

La vie est si dure, la vie est cruelle
Pourquoi lutter si on ne peut gagner ?
Pourquoi lutter si on ne peut gagner ? 

Tu étais mon histoire
Un peu comme un miroir
Mes racines et mon sang
Mon repère et mon temps 

Tu nous as fait grandir
Sans jamais nous trahir
A supporter les poids
Pour nous ouvrir la voie 

La vie est si dure, la vie est cruelle
Pourquoi lutter si on ne peut gagner ?
Pourquoi lutter si on ne peut gagner ? 

On a tout essayé
Tu as toujours lutté
C’était perdu d’avance
Tu n’avais aucune chance 

Maintenant tu t’en vas
Tu nous laisses tous là
Tu ne reviendras pas
Je meurs aussi papa. 

La vie est si dure, la vie est cruelle
Pourquoi lutter si on ne peut gagner ?
Pourquoi lutter si on ne peut gagner ?


DIWAN

Les menhirs sont toujours debout

Dressés fièrement dans la lumière
Les dolmens trônent dans les clairières
Les millénaires ont défilé, n'en sont jamais venus à bout
 
Dans la lande sonne le binioù
Il fait danser les korrigans
Paraît que ça fait grincer des dents
La culture de notre Bretagne renaît derrière chaque caillou
 
Le gwenn-ha-du est planétaire
Il flotte au vent un peu partout
On en trouve même aux Tuamotu
Et s'il n'est pas au goût de tous, c'est un symbole séculaire
 
La langue Bretonne et sa grammaire
Renaissent dans le cœur des petits
Malgré les coups, les interdits
La renaissance de l'éveil ranime un peuple fort et fier
 
Dans les Pardons on danse encore
En bragoù-bras et en Chupenn
En chapeaux ronds et Bigouden
Les mélodies des temps anciens font vibrer les cœurs de l'Armor
 
Les menhirs sont toujours debout
Dressés bien droits dans la lumière
Les enfants parlent comme leurs grands-pères
Les millénaires ont défilé, la Bretagne vit toujours en nous.

TRISKELE

Je hurle au vent que le temps est un crime
Et ma rage s'envole au-delà des cimes

Adossé à la pierre dressée, colère

J'abomine l'océan mangeur de terre

Peuples passés, nous revêtons vos ombres
Et la terre héritée devenue sombre

Ne porte plus que vos pâles répliques

Egarées, très loin des valeurs Celtiques

A quoi sert donc de porter le Triskèle
Si de sa culture on ignore le sel

Préférant à tout ce qui est virtuel

Parcelles d'hébétude en guise de rituel

Fils d'Armorique, sortez donc de l'éther
Sauvez la langue et conservez la terre

Ainsi vous rendrez hommage aux ancêtres

Et l'âme du triskèle sauverez peut-être

Petit bonhomme

Il t'a suffi d'un cri pour me donner la force
Et de ton petit lit tu as brisé l'écorce

Avec ton petit nez, ton rire et tes fossettes
Mon cœur est en émoi, mon cœur s'en va en miettes

Petit bonhomme qui court toute la journée
Ne grandis pas trop vite, apprends-moi à t'aimer

Tes rires et tes chansons résonnent dans la maison

Apportant de la joie comme une floraison
Et si parfois tu pleures les genoux abîmés
Je sèche alors tes pleurs c'est déjà oublié

Petit bonhomme qui court toute la journée
Ne grandis pas trop vite, laisse-moi te guider

Tu veux grandir plus vite pour devenir un homme
Pour parcourir le monde, devenir autonome
Tu as le temps tu sais ne sois pas trop pressé
Reste dans l'insouciance, laisse le temps passer

Petit bonhomme qui court toute la journée
Ne grandis pas trop vite, je veux en profiter

Et quand un jour plus tard tu devras t'en aller
Tu auras dans ta poche un double de mes clés
Tu grandiras encore de bien d'autres façons
La vie pour toi sera j'espère une moisson


Petit bonhomme qui court toute la journée
Ne grandis pas trop vite, j'ai appris à t'aimer.

Lou dans le noir

Lou crie qu'elle a mal et qu'elle n'en peut plus
De ses douleurs qui n'en finissent plus
Recroquevillée sur le brancard qui roule
Les yeux fermés pour ne pas voir la foule

Seule, Lou survit dans un petit espace
En haut d'une tour, cube à une seule face
Perdue dans la ville, sans âme sans espoir
Perdue sa vie, sans amour dans le noir

Des rencontres viles, amours mensongères
Lou est sortie salie, plus bas que terre
Abandonnée sans aucun réconfort
Pleure petite fille, dans le noir, pleure et dors

A force d'espérer sans rien voir venir
Lou a perdu pied sans plus d'avenir
En préférant le sommeil à l'ennui
Elle s'est enfuie en choisissant la nuit

C'est quand Lou meurt qu'on veut s'occuper d'elle
Car la mort ne devrait pas venir d'elle
Partir à petit feu est plus moral
Rassure les anxieux d'une peur viscérale

Lou s'endort doucement dans un couloir
Elle passe de l'autre côté du miroir
Recroquevillée sur le brancard qui roule
Les yeux fermés pour ne plus voir la foule

Pavillon noir

Et dansons donc la capucine
Il y a bien trop de pain chez nous
Et tant pis pour ceux qui faminent
On garde tout rien que pour nous 

Alors qu'on fonce droit dans le mur
Comme nos anciens l'ont déjà fait
Nos enfants jouent et se murmurent
Des mots d'amour et c'est parfait 

On s'ingénie à leur mentir
A coup de sucre et de Disney
On leur fabrique quel avenir
Dans ce mirage qui pue au nez 

Pendant qu'on danse la capucine
Sous le joli pont Mirabeau
On sème des idées assassines
Ailleurs on nous creuse le tombeau 

Quand nos enfants si fiers de  nous
A l'aube d'un jour bien pâlot
Diront en pensant bien à nous
Le père noël est un salaud 

Allons enfants de la patrie
Les étendards sont à ranger
Nos idées sentent le mépris
Et  nos enfants sont en danger 

Et dansons donc la capucine
Il y a bien trop de pain chez nous
Et tant pis si on assassine
Tous ceux qui vivent autour de nous

 

 

Partir

Partir est un voyage, l'idée même fait rêver
Partir est un courage, renoncer amoindrit
Partir, l'aventure vers le nouveau à tout prix
Partir sans hésiter, sinon rester, crever

Partir courir au loin, découvrir, non s'enfuir
Partir un beau matin sans penser au retour
Partir sur les flots, regarder demain toujours
Partir gagner l'horizon, une vraie vie s'offrir

Partir, laisser les clochers gris gouttant de pluie
Partir sans oublier sa culture, qui on est
Partir pour apprendre ce qui est bon à aimer
Partir pour rendre compte que partout l'astre luit

Partir sur l'océan, changer de vie enfin
Partir courir le monde, s'émerveiller vraiment
Partir à la seconde où s'annonce le moment
Partir pour une ronde qui dure sans fin

Partir courir ainsi le monde en son entier
Partir pour s'enivrer des beautés en tous lieux
Partir pour vivre en homme libre sous les cieux
Partir bien sûr pour un jour changer, et rentrer

 


Le Graal

Fameux calice, finement ciselé
Soyeuse coupe, aux abords ourlés
Petit animal toujours perché
Tropical et ma foi bien caché 

Imaginé, rêvé, convoité
Tous les délices qu'il fait miroiter
Ne s'expose que peu à la lumière
Delta, objet de bien des mystères
 
Soyeux ou dépourvu de toison
Toujours incline à la pamoison
Qu'importe sa forme ou bien sa taille
Il est l'enjeu de toutes les batailles

Parmi les offrandes, est le summum
S'il s'abandonne au  désir, en somme
Quand timide, émerge des ténèbres
Pour offrir enfin, la coupe aux lèvres

bottle.gifMer amère

 

L’océan est doué de vie. Peu d’hommes le connaissent vraiment.
La plupart le contemplent de la côte sans jamais oser entrer en son sein, loin de toute terre, avec comme seuls repères l’horizon lointain pour l’œil, et Dieu pour la raison.

Créature merveilleuse et capricieuse, la mer embrasse ses marins comme une mère ses propres enfants, d’une étreinte charnelle.
La plupart du temps, folle d’amour, elle les porte avec passion, les berçant tendrement.
Mais parfois, hérissée d’une blanche colère, elle devient alors sombre de cruauté.
Pourtant, toujours adorée.

L’homme de la mer qui connaît le monde dans sa diversité est un homme à part.
Ni meilleur ni pire que les autres, il est pourtant bien différent car s’il a su tirer profit de ses voyages, son œil a changé. Réorganisant l’ordre des priorités dans son existence.

Les marins sont les cavaliers de l’écume, chevauchant sans cesse les crêtes vers l’inconnu.
Pressés par un vent qui selon son humeur les caresse affectueusement ou bien les gifle cruellement, 
ils sont de toute génération soumis au mouvement perpétuel qui les berce et parfois les tue.

Partir en mer n'est pas seulement partir.
Bien plus qu'un voyage, il est davantage question d'aventure et d'abandon.
Abandon du commun pour vivre davantage, plus fort et bien plus loin.
Apprendre à se faire face, sans pleurs et sans fards.
Savoir enfin accepter son destin; avec honneur, en homme  en somme.

La richesse du marin n'est pas or qui brille mais lueur au fond des pupilles,
Quand le commun se plaint ou se vante, l'homme de la mer compatit.
Pas à ses plaintes ni à ses leurres, mais à l'origine de ses malheurs:
Une vie trop pauvre et sans saveur.

Dans la nuit terrible d'une mer démontée, la noirceur de la tourmente.
Quand plus d'horizon devant, que la tunique noire de la fureur mordante.
Alors que le vent griffe et hurle ameutant les vagues qui écument de rage.
Et que la mer avale et happe la proue, funestes prémices du naufrage.
Garde l'âme prête, et défends ton clan car la mer s'apprête à te prendre en son flanc.
C'est le jour où tout sombre comme c'est à chacun le lot sur cette terre,
Mais tes regrets à toi sont moindres et ton trépas moins amer.
Car c'est le plus beau destin du marin que d'aimer et mourir en mer.

L'eau et le sel sur ta peau, ton destin scellé sur les fonds baptismaux.
Sentant la mer, rêvant d'autres terres, priant le vent ainsi que les flots.
Des anciens qui la vraie vie connaissent, la peau brunie, l'âme en paix.
En leurs noms grandis, deviens marin et ta route traces d'un trait.
Sur le gaillard d'avant ou dans ta bannette, ton cœur s'accorde à l'océan,
La terre est ronde et tu la connais fort bien maintenant.

Plié par le vent, perdu dans la tourmente au milieu de l'océan.
Petit être qui lutte en vain contre la fureur des éléments.
Courbe l'échine sur ton esquif, le dos rond, la mise soumise.
Sais-tu prier marin ? Pour que tes tourments s'amenuisent ?
Quand plus rien n'y fait et que l'espoir s'estompe, loin des terres.
Seul Dieu entend, dans cet enfer mouvant, les cris du pauvre hère.
Prie marin, prie pour toi, mais pas seulement.
Grandeur de Foi ne s'adresse pas à soi, même dans les pires moments.

oeil.gifDes petits singes

 Invisibles pour les autres, sur mon âme s'affairent
Des petits singes qui sur mes épaules, vont muets
J'avance sans les voir, quand soudain me chantent leur air
Me rappelant cyniques, ainsi mes erreurs passées

Petits êtres capricieux, si discrets en général
Bondissant brutalement quand je m'y attends le moins
Ravivent au plus profond de moi un malaise moral
Souvenirs enfouis, refoulés, qu'ils agitent du poing

 L'image vous fait sourire; pourtant, regardez-vous
Vous avez les vôtres aussi, et c'est loin d'être drôle
Perchés sur votre dos, ils sont réellement en vous
Ils ne sont pas méchants, remplissant juste leur rôle

 Nourris dès le plus jeune âge des actions coupables
Vous devez les sentir, plongeant dans votre moi béant
Ils ont grandi au gré des hontes inavouables
Et sourient tristes et pâles, petits témoins gênants

 Les savoir ainsi perchés et triturer nos âmes
Si nous pouvons le supporter, ne nous rend pas meilleurs
Mais accepter de voir ce qui nous est montré sans dam
En ce courage réside le véritable honneur.



Danseurs enlacés

 La lumière et le temps, dans une vie mélangés
Partenaires grandissant au fil des années
Dans ma mémoire sont présents, danseurs enlacés
Je pleure mes erreurs, puis-je être pardonné ?
 

Au zénith de la courbe, apogée éphémère
Le compte aujourd'hui devenu nécessaire
Les danseurs devant moi repassent toujours fiers
Je pleure mes erreurs, suis-je bien sincère ?

Demain recommencerai, la mémoire active
Sur la musique chaloupée de la vie votive
Danseurs éclairés sur mélopée captive
Je pleure mes erreurs, sont-elles effectives ?

 Quand la courbe sera pourpre, derniers rayons dardés
A nouveau les comptes seront présentés
La mémoire mise à nu, les danseurs séparés
Je pleure mes erreurs, dois-je recommencer ?

 Quand la nuit étendra sa froideur sur mes jours
J'espère un encore, un nouveau un toujours
Je ne serai pas seul à danser sans atour
Je pleurerai mes erreurs, pour vous mes amours ?


Evolution

 Toutes ces femmes pleurant dans la guerre et les malheurs
Ne peut-on pas leur rendre enfin le monde meilleur ?
Tous ces enfants qui hurlent seuls au milieu de l'horreur
Comment pouvons-nous aujourd'hui supporter leur douleur ?
 

Devant nos grands écrans, l'esprit lent, tellement balourds
Dans nos costumes de ville, notre confort, lourds, lourds
Nous sommes témoins de ces cris déchirants, mais bien trop sourds
Petits êtres naissants, demain à qui sera le tour ?

 J'ai prié, prié Dieu pour qu'un jour tout cela cesse
Mes prières sont restées vaines, tristes promesses
Quel Dieu faut-il prier pour qu'enfin le mal régresse ?
Existe-t-il seulement un Dieu que cela intéresse ?

 Les millénaires passent et l'histoire toujours se répète
Bien sûr les voies, les moyens diffèrent, mais tombent les têtes
Ces ennemis tout trouvés pour une meilleure recette
Des ressources, du terrain, l'ascendant et le reste

 Alors que nous avons un jour pu sortir des grottes
Courir la terre; l'espace, offert nous exhorte
A nous unir enfin en une seule cohorte
Celle d'une humanité apte à franchir sa porte

 A chaque fois qu'un enfant tombe, qu'une femme périt
C'est un frein au destin que l'univers nous a écrit
Tant qu'il faudra des pauvres pour que les riches sourient
L'envol de l'humanité ne pourra être entrepris

 
Larmes honnies

Elles naissent, gouttes des cieux
Sourdant du fond de nos yeux
Comme lorsque le ciel se plombe
Alors que l'âme tombe
Ces âmes que la douleur mine
Pleurent des larmes, perles de spleen

 Elles s'animent sur nos visages
Délavés par les outrages
Elles perlent sur nos deux joues
Et retiennent tout de nous
Ces âmes que la douleur mine
Pleurent des larmes, perles de spleen

 Elles meurent sur nos lèvres
Cristaux fondant de fièvre
Sombrent au fond de nos bouches
Sels de la douleur farouche
Ces âmes que la douleur mine
Pleurent des larmes, perles de spleen

 La grande  houle de nos coeurs
Avance, couvre  ces heurts
Tant de bonheur et de malheur
Parsemés de nos erreurs
Ces âmes que la douleur mine
Pleurent des larmes, perles de spleen

 Elles troubleront nos esprits
Pour changer toutes nos vies
Se dilueront sous la pluie
Presque perdues dans l'oubli
Ces âmes que la douleur mine
Pleurent des larmes, perles de spleen 

J'aimerais tant les apaiser
Ces âmes à la dérive
Qui ont nagé et tant ramé
Ces larmes s'y écrivent
 

 

La caresse

 Pré carré de la main, est à tort réservée
Lieu commun pour bon nombre, autre en réalité
D'aspects nombreux, divers, elle se pare, variété
Invitation, plutôt que finalité; rêvée. 

Regard appuyé, sourire timide entendu
Battement de cils soyeux, ailes ludiques
Souffle léger dans le cou, air érotique
Séduction, avant que les corps ne soient rendus 

Mots précieux et choisis chuchotés en public
Geste discret, précis que nul autre ne voit
Improvisé toujours, jamais ne se prévoit
Intention délicate pour armer le déclic 

La caresse avant tout se veut délicatesse
Prélude à l'amour, base de la séduction
Quels que soient les sens, génératrice de tension
De près comme de loin, à tous nos sens s'adresse

  

"Mascarade"

  Si le sourire nous rend conformes, nous fait tous entrer dans la norme.
Dans un monde si merveilleux, ou dans la ronde du tellement mieux.
Loin des pleurs et des grands heurts, baignant dans un immense bonheur.
Le masque qu'on nous impose, n'est qu'une anamorphose
Tous ceux que nos yeux scrutent, pauvres âmes que l'on ampute. 

Au sein de nos fors intérieurs, se meuvent de grandes douleurs.
Qui surviennent tyranniques, dans nos petites vies domestiques.
Et si impérieuses soient-elles, n'intéressent pas le soleil.
Frêles cuirasses de chair, les masques sourient à la lumière.
Au milieu d'autres ainsi vêtus, pour que la triste fête continue. 

Pleurer est bien inconvenant, et souffrir fort incommodant.
Pour plaire à nos tristes pairs, nous portons des masques de chair.
A force de tant de protection, à renforts de fards, affliction.
Nous perdons le chemin de nos cœurs, le véritable sens des valeurs.
Nous cacher pour qu'on nous aime, nous fait perdre nous-même. 

Le masque que sur moi je pose, quand trop meurtri sourire je n'ose.
Et sachant taire mes pleurs pour rire, ne veut aucunement dire.
Que mon âme est tellement légère, au point d'en être délétère.
C'est simplement que par pudeur, devant vous je cache ma douleur.
Derrière ce masque pitoyable, qui pour vous à tout reste préférable.

 

 Miroir de l'âme
 

Quand une âme te plaît
Ouvre tes yeux trompés
Tes ailes lisse avant d'aimer
Ange ému, qu'entends-tu sous ma plume ? 

Quand une âme t'horripile
Tu te montres bien vil
Tes ailes chargées d'air d'exil
Ange ému, qu'entends-tu sous ma plume ? 

Quand une âme t'offre ta quête
Tu en détournes la tête
Tes ailes lourdes s'entêtent
Ange ému, qu'entends-tu sous ma plume ? 

Quand une âme t'indiffère
Tu contemples la terre
Tes ailes alors délétères
Ange ému, qu'entends-tu sous ma plume ? 

Quand une âme tient tes prières
Tu œuvres pour qu'elle opère
Tes ailes gonflées de lumière
Ange ému, qu'entends-tu sous ma plume ? 

Quand une âme te prie en vain
Tu grandis seul, des autres loin
Tes ailes perdras si ne changes enfin
Ange ému, qu'entends-tu sous ma plume ? 

Par ces mots, à lire un  temps
Tu entendras qu'un miroir je nous tends
Nos ailes gardons tout notre temps
Ange ému, entends-tu sous ma plume ?

 

Soleil

 Rapide est le vent qui souffle sur les blés
Dessinant des vagues folles partout
Houle mouvante sans cesse renouvelée
Comme les rires des enfants fusant sur tout 

Le soleil blanchit la pierre, sèche le sable
Ranimant dans le sol, lézards, grillons
D'une année sur l'autre, révolution stable
Ainsi que l'océan, vagues et tourbillons 

Le parfum des dunes court poussé par le vent
Les tons du jour virent du jaune à l'ocre
Papillons, alouettes, toujours en mouvement
Ces journées dorées passent, foin du médiocre 

Le ciel bleu limpide apparaît sans fond
Au loin paressent les voiles blanches
La mer irisée se pare d'un vert profond
La soif de vie des jeunes enfants s'étanche 

Il existe des endroits de par le monde
Où l'été est un instant permanent
La vie y est plus douce et la joie abonde
Bienheureux celui qui franchit les continents

 

                                  

Regard cordial

 Connaissez-vous l'œuvre d'aimer ?
Le coeur ouvert, les yeux fermés ? 

Vous qui ne pouvez qu'en parler !
Les yeux ouverts, le coeur fermé ! 

Vous qui n'avez pas pu aimer !
Les yeux ouverts, le coeur fermé ! 

Imprégnez-vous d'humanité
Le coeur ouvert, les yeux fermés 

Car précieux est savoir aimer
Le cœur ouvert, les yeux fermés

 

 
UN PETIT CRABE

 
Un petit crabe vert et lisse
Comme les algues qui glissent
Vient de sortir de son antre
Mû par les cris de son ventre
Que par deux pattes agrippé
Hors de l'eau très occupé 

Une vague bien plus forte
Le soulève et l'emporte
Tout petit crabe affolé
Se débat, étoile salée
Les flots qui l'auront vu naître
Aujourd'hui sont mauvais maître 

Une baliste colorée
Erre, promenant sa livrée
D'une bouchée bien distraite
S'empare de sa vie discrète
Le crustacé affamé
Aura servi d'entremets 

Crabes et balistes prenez garde
Si petit soit votre grade
La mer, en bonne marâtre
Vous occit, même opiniâtres
Tous les êtres vivant au monde
Dansent bien la même ronde

 

 LA MURENE

 
Long serpent luisant caché
La murène vit retranchée
Seule sa tête à peine sortie
Concierge corallienne blottie
Tant qu'elle siège dans sa roche
On peut entamer l'approche 

Si on la croise en eau claire
Filant bon train tel l'éclair
S'en éloigner au plus vite
Sinon vient l'attaque subite
Car si murène paraît forte
La peur en elle l'emporte 

Plus d'un fut trouvé noyé
Dans corail la main broyée
Par l'éclat dans l'ombre tenté
Dans une gueule les doigts plantés
La murène alors surprise
Dans sa gueule a gardé prise 

Dents pointues et orientées
Vers l'intérieur sont plantées
De sorte que si l'on est pris
Sans couteau on périt
Car de la tête du poisson
Ou sa main choisir section

 

 
POISSON LION

 Poisson Lion, porte étendard
Dissimule ses nombreux dards
D'une humeur calme et placide
Evolue bel intrépide
Près des plus gros il s'avance
Toutes voiles sorties en confiance 

Du plus petit au plus gros
Tous les habitants de l'eau
Savent que cette belle parure
Cache la mortelle piqûre
Seuls des hommes et leur bêtise
Lion excite la convoitise 

Quand la beauté vient facile
Attiser nos vœux futiles
Il convient de raisonner
Pour qui le glas va sonner ?
Ainsi, en toutes circonstances
Le monde depuis toujours danse.

 
VAHINE

 Si rayonnante et sincère
Emblème de la belle Cythère
Silhouette très chevelue
Sur la plage tu vas pieds nus
Sourire nacré et ourlé
Premier jeu dévoilé 

Le tiaré sur ton oreille
Met tous mes sens en éveil
Campée fière dans la lumière
Ton paréo sans matière
Promesse si captivante
D'une liaison bien tentante 

D'où est-tu belle vahiné ?
Peut-être bien de Huahiné
Ou alors fière Paumotu
Native des Tuamotu ?
Quel que soit ton bel atoll
Toute ton apparence affole 

Bien cachés dans ton faré
Par l'amour si affairés
Comme ta mine si mutine
Te fait penser très coquine
Tes yeux en forme d'amande
Te dénoncent comme gourmande 

Tes deux mains d'abord timides
Sur mon corps vont intrépides
J'embrasse tes lèvres si douces
Une telle fièvre à mes trousses
Sous ta toison abondante
Ta porcelaine est fondante 

Danse sur moi  ton tamuré
En toi vient mon to'éré
Ton paua encore scellé
Cède à mon pénu zélé
Statut de femme te confère
Et de tes tabus libère 

La raie tatouée sur tes reins
Danse sur un gai refrain
Celui d'un râle baroque
Témoin d'émois réciproques
Tu es un lys, vahiné
Au don de l'amour inné.

 

POLYNESIE

 Comment te faire comprendre
Que je t'aime d'un amour tendre ?
Loin des vues élémentaires
Simplement d'amour sincère
Par trois fois je t'ai connue
En deux décennies ténues 

Mais je ne puis nous unir
Pour le meilleur ni le pire
Un lien trop fort m'en empêche
Battant cet amour en brèche
Loin de toi m'appelle sans cesse
Nommant ton attrait faiblesse 

Quelle ironie du sort
Ton nom signe le désaccord
Synonyme de Tantale
Cornélien le doute s'installe
Mais la raison qui s'impose
Frappe mon élan d'une pause 

Ne pourrais sans rien casser
Ni trahir ou bien blesser
Décider en ton sein vivre
Danser, de ton parfum ivre
Les rendez-vous se terminent
Je m'en irai triste mine

 

Marquises sous la pluie 

 Par un ciel bas et plombé
Une pluie dense vient tomber
Sur les feuilles, les toits, perçant
Vacarme inouï incessant
Le bas grondement parcourt
La vallée en géant lourd 

Les animaux et les hommes
De concert s'abstiennent en somme
Le temps et la vie arrêtés
Par l'orage sont mâtés
Toutes les couleurs assombries
Tendent à tirer vers le gris 

Est-ce le jour ou bien la nuit ?
Quand au ciel plus rien ne luit ?
Tous les vivants repliés
Sous la pluie multipliée
En ce temps mieux vaut se taire
Pris dans le vacarme austère 

Tous les parents empêchés
Sous le déluge rapprochés
Quand le soleil reviendra
Une vallée nouvelle vivra
En attendant elle repose
Le temps que les Dieux disposent

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